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Shomba Lomami, criminologue
Courriel
(Lundi - Vendredi)
Québec, Canada

Mieux comprendre et prévenir la criminalité des minorités visibles au Canada : Cas des Noirs. Réalités et Controverses.

Important :

Mieux comprendre et prévenir la criminalité des minorités visibles au Canada : Cas des Noirs. Réalités et Controverses.

Ceci est l’argumentaire d’une série des conférences effectuées dans le but de mieux outiller le public par rapport à la criminalité des minorités visibles : le cas des noirs. Il ne s’agit pas du support utilisé lors des conférences.

Il est important de mieux connaître la criminalité des minorités noires pour mieux la prévenir. Les informations puisées du 40e rapport annuel du bureau de l’enquêteur correctionnel du Canada et de l’étude spéciale sur l’expérience des détenus de race noire dans les pénitenciers canadiens forment l’ossature du contenu des présentations faites.

Plan sommaire

 Introduction

1. Rapport de l’Enquêteur correctionnel, présentation panoramique

A. Spécificités et différences (?) de la délinquance noire

B. Système carcéral et incidence sur le comportement des délinquants noirs

2. Rapport de l’Enquêteur correctionnel, fondement intrinsèque

A. Avantages d’un tel rapport

B. Limites d’un tel rapport

Conclusion


Sommaire – argumentaire

« Ce qui se passe derrière les murs d’une prison reflète la santé et la vitalité de la société canadienne. »

Howards Sapers – Enquêteur correctionnel du Canada[1]


Introduction

Selon Statistique Canada[2], le taux de criminalité est en baisse constante au Canada depuis le sommet atteint en 1991. Le rapport intitulé: « The Cost of Crime in Canada » publié par Fraser Institute le confirme: « The crime rate has been falling since the early 1990s […][3] ». Cependant, bien que ce taux diminue globalement, on constate paradoxalement une augmentation du taux d’incarcération des détenus de race noire.

Selon le rapport du Bureau de l’Enquêteur correctionnel « Les détenus de race noire représentent maintenant 9,3 % de la population totale des pénitenciers (comparativement à 6,1 % en 2002-2003), alors que, dans l’ensemble de la société canadienne, les Noirs ne constituent qu’environ 2,9 % de la population[4]».

Au cours des 10 dernières années, le Bureau de l’Enquêteur correctionnel a observé une augmentation annuelle de près de 90 % des hommes de race noire incarcérés[5]. La surutilisation carcérale progresse malgré le fait que : « Il est beaucoup moins coûteux d’assurer la garde d’un délinquant dans la collectivité que de le maintenir en incarcération (31 148$ par année comparativement à 114 364$)[6]. » En plus d’être couteuse, la prison est considérée comme une école du crime.

L’augmentation du taux d’incarcération des délinquants de race noire ne signifie pas qu’il y a nécessairement augmentation du taux de criminalité chez ces derniers, et les experts estiment que : « […] des taux d’incarcérations plus élevés ne contribuent aucunement à une baisse de la criminalité et n’ont aucun effet dissuasif [7]», mais ça prouve tout de même qu’il existe des écueils dans la prévention et gestion de la criminalité de cette minorité raciale. Il est donc important de paraphraser Christie[8] qui réfute l’idée selon laquelle l’accroissement du taux de détention est lié à l’augmentation de la criminalité. Car, pour elle, l’évolution du taux d’emprisonnement n’est que le reflet de choix politiques menés dans un État donné à un moment donné. Le Canada est une démocratie respectée à travers le monde et notre système de justice pénale est l’un des meilleurs au monde. Néanmoins, la préoccupation de Christie selon laquelle : « Comment un pays peut-il s’estimer libre alors même que la sanction privilégiée en cas d’infraction à la loi se résume à une privation de liberté ? [9]» demeure d’actualité.

Préoccupé par la criminalité des minorités visibles, Wortley[10] a mis sur pied quatre modèles d’analyse utilisés pour comprendre la nébuleuse de la surreprésentation des noirs et d’autres minorités raciales dans le système de justice pénale : Primo, le modèle d’importation qui tente d’examiner le crime sous un angle irrationnel selon lequel les immigrants et les réfugiés veulent commettre des crimes avant leur arrivée au Canada; Secundo, le modèle de conflit culturel qui considère que certains nouveaux arrivants peuvent avoir des démêlés avec le système de justice pénale parce qu’ils adoptent des pratiques ou des comportements culturels qui sont permis légalement dans leur pays d’origine, mais qui ne le sont pas au Canada; Tertio, le modèle de souche qui soutient que les immigrants viennent au Canada avec de bonnes intentions, mais que ce sont les expériences, les problèmes et les circonstances difficiles (sur le plan économique, culturel, de l’intégration, etc.) auxquels ils doivent faire face qui les opposent au système de justice pénale; Quarto, le modèle de partialité qui souligne que certains groupes ethno-raciaux sont surreprésentés dans les statistiques de la criminalité officielles en raison de la discrimination systémique dont ils sont victimes au sein du système de justice pénale. Non énuméré par Wortley, des modèles sociologiques liés à l’environnement socio-économique des délinquants de race noire seront aussi examinés.

L’utilisation partisane des modèles susnommés peut s’avérer problématique, c’est le cas lorsque certaines personnes qui ont des démêlés avec le système de justice pénale se limitent à pointer ce dernier du doigt occultant ipso facto leur responsabilité éventuelle dans le problème qui les oppose à ce système. L’inverse est également possible et l’on assiste à une responsabilisation mutuelle (des contrevenants de race noire qui se disent parfois victime du système, d’une part, et, d’autre part, d’un système de justice pénale qui estime faire face à des délinquants violents et que la sévérité de la répression constituerait le meilleur moyen pour sécuriser la population canadienne.

En observant attentivement la manière dont certains contrevenants de race noire réagissent par rapport au système de justice pénale, et en examinant la manière dont ce dernier ainsi que certains individus réagissent par rapport à la criminalité de la minorité raciale noire, on constate très vite que les interventions de plusieurs acteurs sociétales sont plus caractérisées non pas par la mauvaise foi, ni par l’intention délibérée de nuire à autrui, mais beaucoup plus, par l’ignorance de la criminalité de cette minorité raciale.

De la même manière que l’on exige aux individus de ne pas ignorer la loi, il est temps aujourd’hui de sensibiliser contre l’ignorance de la criminalité des contrevenants de race noire. Une meilleure connaissance de cette criminalité pourra favoriser une meilleure intervention des organes de la loi, un meilleur traitement des contrevenants de la part des membres de la communauté et surtout une meilleure protection de la société canadienne.

Au Canada, le 40e rapport annuel du bureau de l’enquêteur correctionnel (2012-2013) précédé par une étude spéciale sur l’expérience des détenus de race noire dans les pénitenciers canadiens (2013) déjà cités, présentent le profil des délinquants de race noire, examinent leurs expériences et les résultats qu’ils obtiennent dans les établissements fédéraux. In fine, ils évaluent et examinent l’efficacité des moyens mis en place par le Service correctionnel du Canada (SCC) pour la réinsertion sociale de ces derniers.

Au-delà des affirmations faites, dans leurs rapports et ouvrages, par différents auteurs susmentionnés, comment mieux comprendre et prévenir la criminalité des minorités noires au Canada ? Pour tenter d’apporter un début de réponse à ce questionnement, une présentation globale du rapport (I) et son appréciation critique sous forme d’échange entre le conférencier et ses interlocuteurs (II) font l’objet de la présente communication.


[1]L’enquêteur correctionnel est indépendant du Service correctionnel du Canada, c’est l’ombudsman des délinquants qui purgent une peine de ressort fédéral. Il peut entreprendre une enquête après avoir reçu une plainte présentée par un délinquant ou déposée en son nom. Il est également chargé d’examiner les politiques et les procédures du Service correctionnel du Canada et de formuler des recommandations à cet égard. L’enquêteur correctionnel contribue à la détection des problèmes systémiques et à l’aide des rapports annuels déposés au Parlement, propose des recommandations pour les résoudre.

[2] Statistiques sur les crimes déclarés par la police au Canada 2013.

[3] Easton, Furness, Brantingham (October 2014). The Cost of Crime in Canada: Report, p. 1.

[4] Bureau de l’enquêteur correctionnel (2013). Étude de cas sur la diversité dans les services correctionnels : l’expérience des détenus de race noire dans les pénitenciers, pp.4-5.

[5] Rapport annuel du Bureau de l’enquêteur correctionnel 2012-2013, p. 4.

[6] Ministère de la Sécurité publique du Canada, 2014.

[7] Edwards J. ; Gibbs W. et Berzins L. (2013). Crime et sécurité : une introduction au Réseau pour une justice éclairée au Canada, in Revue de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec, Volume XXV, numéro 3, p.20.

[8] Christie N. (2003) L’industrie de la Punition. Prison et Politique Pénale en Occident, Autrement, 2003, 219 pages.

[9] Idem.

[10] Cité par : Derek J. ; Bania M. & Hastings R. (2008). Concevoir autrement la délinquance et la victimisation des nouveaux arrivants et des minorités : au-delà des crimes haineux, p.1.